Entrepreneuse dans la couture : témoignage de mes activités

  • 12 minutes de lecture

Tu cherches un témoignage d’entrepreneuse dans la couture ? Tu es au bon endroit. Dans cette article je fais un retour sur mes 5 ans d’activités. Pour ressituer le contexte, j’ai eu deux entreprise (Orane Fabrik’ et aujourd’hui Indé’Sew). Tu vas pouvoir en découvrir l’histoire au travers de mon témoignage autour des différentes activités que j’ai mené pendant ces 5 ans !

Créatrice textile : accessoires et vêtements

Et oui, à mes débuts. Bien avant qu’Indé’Sew n’existe ! C’était en 2016 et je créais Orane Fabrik’ (le K c’est normal et ce n’est pas une faute). Mon but : avoir une activité parallèle en plus de mon contrat à l’usine où je cousais des vestes Chloé, Louis Vuitton et Chanel toute la journée !

Et pour mettre un peu plus de contexte, j’ai 23 ans, j’ai fait 2 cursus d’études différents et je sors de l’école (mode et design d’espace). Je suis aussi fille de salariés, ultras convaincus par ce mode de travail dit “sûr”.

Mais qu’est-ce que je cousais ?

Je prenais un tissu, je faisais un patron d’accessoire simple, et hop, j’en réalisais plusieurs. J’ai fait des sacs, des petits porte-feuille, des housses de coussins. Et vous savez combien j’ai vendu ? 0 ! En toute transparence (peut être un ou deux, mais je m’en rappelle plus !).

Mon analyse de mon projet avorté : je n’avais aucun sens des affaires, aucun plan financier, je n’avais pas déterminé de direction artistique (je prenais n’importe quel tissu qui me plaisait pour en faire n’importe quoi), je n’avais pas les codes des réseaux sociaux, je ne savais pas si je devais me mettre sur A Little Market (le Etsy français de l’époque). J’écrivais à des créatrices de contenu qui ne me répondaient pas (mais en même temps vu mon message pas étonnant, elles avaient mieux à faire).

J’avais 0 stratégie et fibre commerciale et je ne pouvais pas en avoir parce que je ne savais même pas ce que c’était.

Devenir une meilleure créatrice textile : comment je vois les choses maintenant

SI je devais recommencer dans cette activité voici ce que je mettrai en place pour avoir de meilleurs chances de succés.

  1. Je définirai une catégorie de vêtement et d’accessoire qui s’adressent a une certaine cible. Ca ne sert à rien de faire du vêtement grande taille, du bavoir et des harnais pour chien (compliqué de communiquer de manière cohérente autour de ces 3 sujets !)
  2. Je définirai mon style. Je choisirai des formes et des détails qui permettraient de m’identifier facilement. Me connaissance j’aurais choisi la fonctionnalité plutôt que l’esthétisme du modèle. Même si on peut allier les deux.
  3. Avec ce style, je prendrai beaucoup plus de temps pour sourcer des tissus qui me permettrait de créer mon univers. Je me constituerai un réseau de fournisseur solide.
  4. Avec des échantillons, je réaliserai des prototypes.
  5. Je me servirai de tout l’univers développé au-dessus (forme, fonction, coloris, motifs, etc…) pour créer mon identité.
  6. Et de ces prototypes, je communiquerai sur mon produit et son engouement. Je ne miserai pas tout sur Instagram car la création de contenu peut mettre des mois à marcher (quand elle marche !).
  7. Si le produit plait, je lance la fabrication (sinon, je lis cet article !).
  8. Ensuite je me rends dans des marchés (triés sur le volet, pas tout et n’importe quoi). Je ne reste pas derrière ma table tête baissé, mais je vais au contact des gens pour voir leur ressenti vis à vie de mon produit.
  9. Je mets en vente mes produits via les réseaux sociaux et mon site.
  10. Des boutiques de créateurs si le produit prend bien et que je suis en mesure de produire en masse.

Retoucheuse ✂️ :

Toujours gérante d’Orane Fabrik’, je me rends compte, que la création textile comme je la mène, ne va pas être possible, si je veux au moins ne pas perdre d’argent. En gagner serait 1000 fois mieux !

J’ouvre donc mon service de retouches

Mes deux grosses contraintes : je suis chez moi et j’ai aussi mon travail à côté. Je ne peux donc pas faire des horaires d’ouverture toute la journée. Ma technique, missionner l’épicerie ou je ne vais jamais pour faire dépôt. Je m’excuse pour cette épicière (j’envoie mon conjoint à ma place et elle ne nous a pas associés, et je ne suis clairement pas sociable). Elle accepte. Mais elle ne recevra qu’un ourlet, une seule fois.

Je mets une enseigne sur le pignon de ma maison, et décroche un article dans le journal. J’ai deux trois clients, clairement pas de quoi vivre, mais le besoin est plus présent que pour la vente de création textile. Côté tarif, je m’en sors mieux, car j’ai fait beaucoup de stages en retouche, je connais les procédures et les tarifs de mes concurrents. Je suis la seule retoucheuse à 10km à la ronde.

Je suis un peu gênée d’accueillir les gens chez moi. Ma maison n’est pas des mieux configurée pour arriver jusqu’à la cabine d’essayage. Et je vous le rappelle, je ne suis pas très sociable. Alors quand une cliente qui a oublié de passer sur son heure de rendez-vous débarque chez moi un samedi à 20 h 30 alors que je suis attablée et en train de manger du poisson (précision pour les odeurs), je ne dis rien et l’accueil comme si de rien n’était.

J’ai vite arrêté. Recevoir les clients chez moi ? Impossible, je n’ai pas les épaules pour me faire respecter et ne pas me faire envahir.

Devenir une meilleure retoucheuse : mes conseils

La retouche est un métier, voici ce que je mettrai en place aujourd’hui pour vivre de cette activité :

  1. Avoir un local (pas forcément en plein centre ville avec pas de porte), ça peut être une extension de votre maison qui peut avoir un accès indépendant.
  2. Je remettrai une enseigne (il y a beaucoup de marcheur par chez moi).
  3. Une enseigne avec un panneau et des horaires (pour le respect de ma vie privée).
  4. Je parlerai beaucoup de mon activité à tout le monde (les copains, la famille, les voisins, etc…),
  5. J’aurais un numéro professionnel pour être joignable (les personnes agées aiment bien !)
  6. Une fois le bouche à oreille installé et une certaine crédibilité, j’irai demander à faire dépôt dans certains lieux (en bossant mon speach d’abord et avec un visuel pour informer les clients).
  7. Je bosserai beaucoupppppppppppp !
  8. Je ne braderai pas mes tarifs et au bout de quelques mois, je pourrais vivre de mon activité (en ayant une vie simple, on partira pas à Dubaï grâce à la retouche !).

Si tu le veux bien passons à l’histoire suivante qui améliore un peu ma situation !

Animatrice d’ateliers couture 👩‍🏫 :

Orane Fabrik’ est en réalité née avec les ateliers.

Rentrée scolaire de 2016, je travaille à l’usine. Mon ancienne prof m’explique qu’une connaissance à elle (ancienne prof elle aussi) recherche un profil pour l’aider à animer des ateliers de couture dans une association. La demande est telle qu’elle ne peut pas couvrir tous les créneaux. Cette sympathique collègue m’a beaucoup aidé quand j’ai démarré, en me fournissant ses cours et en me donnant quelques notions de pédagogie.

Pendant 3 ans, j’ai donc animé des cours de couture de 6 adultes sur 10 séances en gérant des plannings d’hiver et de printemps, mais aussi animer des ateliers enfants dans cette association. J’ai aussi été recrutée pour animer d’autres types d’atelier dans d’autres maisons de quartier.

En parallèle l’usine à couler et j’ai obtenu le saint Graal des postes que je voulais : prof de couture en Lycée Pro. L’année où j’ai choisi de passer le concours, j’ai mis fin à Orane Fabrik ’. Il m’était devenu difficile de combiner la préparation des cours, celle du concours, et les ateliers.

De cette activité, je garde des bons souvenirs. Je ne pouvais pas en vivre, mais je ne faisais aucune communication, je ne cherchais pas à me développer, car c’était une activité secondaire. Je sais qu’avec ce que je pratiquais déjà, j’aurais pu tendre vers une activité rentable. J’ai seulement succombé à l’appel de l’Éducation Nationale.

Si je devais animer des ateliers couture en 2024, je ferai comme ça :

  1. Je reprendrai la même formule qu’à l’époque.
  2. Je démarcherai des associations, des maisons de quartier, des municipalités, des merceries qui veulent proposer des ateliers de couture. Deux options : soit le lieu te sera mis à disposition gratuitement, soit ils te feront payé une location. Dans ce cas attention à bien déterminer le prix de tes ateliers pour que ce coût soit englobé. Si ton prix de vente d’atelier est trop élevé pour afficher un prix correct à cause de la location, alors change de lieu ou de partenaire !
  3. Je définirai quel type d’atelier je souhaite proposer (y a aussi un article à ce sujet ici).
  4. Je mettrai en place un calendrier d’atelier, et des blocs de temps pour les dévélopper et communiquer. Communication en local (tu seras surprise d’apprendre que pour te développer en local, Insta n’est pas le premier moyen !).
  5. Je préparerai des prototypes et des visuels pour aller démarcher à la fois les personnes citées au point 2, mais aussi communiqué à de potentiel client qui voudrait des ateliers particuliers ou pour des évènements.
  6. Je trouverai des fournisseurs de tissus et des partenaires pour payer moins chère les fournitures de mes protos, mais aussi proposer des réductions partenaires à mes élèves.
  7. Je formulerai un contrat simple, mais carré à faire signer aux élèves. Par exemple : paiement du cours à l’avance pour un cours individuel, engagement sur devis pour plusieurs session de cours avec paiement en avance ou selon acompte.
  8. Je testerai mes ateliers sur un premier groupe et j’adapterai au fur et à mesure pour être plus à l’aise.

Orane Fabrik’ ça a donc était un test grandeur nature. Je ne regrette rien de cette activité et de tous ces échecs. Je vois aujourd’hui à quel point ça n’aurait pas marché, faute de maturité, de réflexion et stratégie.


On va faire une avance rapide sur les 3,5 ans qui vont suivre ! En bref, je suis prof de couture en lycée pro et titulaire, car j’obtiens mon concours. Mon conjoint monte son garage auto et je me retrouve plongée dans l’univers des sociétés !


Technicienne de bureau d’étude et formatrice pour les entrepreneuses du domaine de la couture récréative :

Maintenant, tu me connais sous le nom d’Indé’Sew. Je ne vends pas de création textile, je ne fais pas de retouche et je n’anime plus d’atelier. Mais je ne suis pas fermée à toutes ces activités. Aujourd’hui, j’accompagne des entrepreneuses pour faire de la mise en pages de patrons de couture et de l’optimisation pour la projection. Il y a quelques clients avec qui je sors du cadre. J’ai étendu mon domaine d’action, car j’en ai eu à la fois envie, je suis polyvalente et donc je pouvais proposer des services complémentaires. Ces entrepreneuses sont aujourd’hui plus mes collègues de galère que de simples clients.

Mon marché est ultra niché et très restreint, autant vous dire qu’espérer en vivre est illusoire. Donc j’ai créé des formations aux logiciels en rapport avec la couture, le modélisme et les patrons. Ça permet aux entrepreneuses qui n’ont pas le budget pour la délégation ou qui veulent se débrouiller par elle-même, de gagner beaucoup de temps.

Qui sont mes clientes ? Des créatrices de patrons, bien sûr… Mais à tort, tout le monde pense que je ne m’adresse qu’à elle (c’est ma com qui veut ça). Sauf qu’en fait, je vends autant mes prestations à des créatrices de patrons, qu’à des profs de couture qui veulent avoir leur propre patron, ou leur propre tuto, des maisons d’édition et des magazines. Ils viennent me voir, car j’ai des bagages solides : des études et de l’expérience dans les métiers de la pédagogie et de la confection de luxe.

Tout ça n’est pas arrivé en un jour. Je n’ai pas directement compris ce qui marchait pour moi, il m’a fallu en tout 4,5 ans d’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je vis de mon activité. Pas à million, n’allez pas vous fourvoyer. Mais avec la vie perso qui est la mienne, je peux subvenir à mes besoins en m’offrant quelques petits plus. Et c’est toujours plus qu’être prof et mutée a 3h de chez moi. Sans compter la liberté d’emploi du temps que cela me confère, ainsi que la créativité et liberté d’action !

Aujourd’hui, je suis bien entourée et bien implantée dans le secteur. Je ne suis pas connu de tous, mais mon nom circule, quand on a une question : on demande à Orane. Ces dernières années, je me suis formée, dans divers domaines : gestion d’entreprise, commercial, logiciels, etc… Avec mon réseau et mon sens de l’observation hors pair (demandez à mes collègues, je suis une fouine), j’ai bien cartographié le secteur. J’ai du recul, je repère les bonnes et les mauvaises idées. Je mets rapidement le nez sur les couacs et j’ai une très bonne capacité à me retourner. J’ai toujours un plan A, mais aussi un B, C et D ! Je suis fière de ce que j’ai accompli.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Wendy

    J’ai beaucoup aimé lire ton article Orane 😊

    C’est super cool d’en savoir plus sur ton parcours dans l’entrepreneuriat et je trouve que les conseils que tu as donné sont précieux et pertinents.

    Et je confirme que ton nom circule positivement parlant 😉

    1. Orane

      Hello Wendy et merci pour ce commentaire !
      Je trouvais important d’expliquer à quel point j’ai pu me planter au début ! Si ca peut servir à d’autres 🙂