Chaque corps est unique, pourtant la majorité des patrons de couture s’appuient sur des mensurations standards et théoriques. Que tu utilises les méthodes de modélisme réputées en France comme Weens, DP Studio, Esmod, Gilewska, Line Jaque, ces bases (buste, jupe, pantalon) ne restent que des toiles standardisées pour le plus grand nombre. Conçues pour envelopper le buste ou le bas du corps de manière basique et sans fioritures, elles correspondent rarement aux subtilités de ta silhouette réelle. Passer du patron du commerce au vêtement parfaitement seyant nécessite une étape clé : l’ajustement sur-mesure. Pour réussir tes créations tu vas donc devoir adapter tes bases pour un tombé parfait.
Sommaire :
Pourquoi adapter ses bases à sa morphologie et mensurations ?
Morphologie ou mensurations ?
Ces deux termes ne signifient pas du tout le même chose ! Les mensurations c’est ce que tu vas pouvoir métrer avec ton mètre ruban. La morphologie quant à elle c’est l’aspect de ton enveloppe corporel et la compréhension des volumes.
On a l’habitude d’employer les lettres de l’alphabet pour nommer les morphologies, mais à date, aucune norme ne défini réellement les morphologies (une norme est en cours d’établissement, source vidéo de l’IFTH).
Utiliser une méthode de modélisme, mais ne pas se focaliser sur le résultat brut !
Lorsque tu vas suivre une méthode de construction, tu vas réaliser des tracés géométriques où les mesures que tu vas appliquer sont celles que tu auras prises sur toi ! Oui mais voilà, ça ne va pas suffire. Car aujourd’hui toutes les méthodes de modélisme sont standardisées pour correspondre à une norme d’un autre temps ! On prend par exemple comme taille de base un 38, alors que la taille moyenne des femmes à l’heure où j’écris ces lignes est le 42. On suit aussi des règles destinées à des corps de morphologie en X. Sauf que si tu es comme moi, ou comme beaucoup d’entre-nous tu n’es pas “normale”.
Le risque en utilisant ses bases sans modifications sorties tout droit des livres est que la transformation de ton futur patron ne t’aille pas.
Tu es intéressée par la standardisation des tailles ? Je t’invite à lire cet article comparatif que j’ai écrit.
Quel impact sur l’estime de son corps ?
Quand ta toile tire ou refuse de fermer, le réflexe est souvent de blâmer ton propre corps. Tu te sens « hors norme ». Un patron de base n’est qu’une suite de chiffres statistiques inventés pour le plus grand nombre, pas pour toi. Ton corps n’a absolument aucun problème : c’est au papier et au tissu de s’adapter à tes formes, jamais l’inverse.
Pourquoi obtient-on des résultats différents pour un vêtement d’une même taille ?
Une répartition des volumes différentes
Imaginons que toi et ta copine portiez la même blouse en T42. Sur toi, elle remonte constamment laissant apparaître ton nombril. C’est pénible. Ton ami ne rencontre pas ce problème, pourtant vous avez toutes les deux les mêmes mensurations au tour de taille et au tour de poitrine. Sauf que toi tu as une poitrine beaucoup plus profonde, et donc le volume est réparti sur le devant. Il te faudrait donc plus de tissu pour couvrir ta poitrine et ton ventre. Ta copine à l’inverse de toi, peut avoir une poitrine moins profonde avec un dos plus large, et un volume « mieux réparti » sur tout le tour ce qui fait qu’elle n’aura pas de problème de longueur de blouse.
La posture
La manière dont tu te tiens peut aussi influer sur ton vêtement. Prenons deux cas de figure :
- Avec un dos cambré :
Visuellement, des plis disgracieux se forment entre les reins car il y a trop de tissu à cet endroit. Il faut alors réduire le milieu dos sans toucher au côté. Et pour cela il faut fendre la ligne de milieu dos de manière à pivoter le bas du dos sur le haut. Les deux papiers se superposent alors, et il faut retracer les contours du patron pour que tous les éléments puissent encore s’assembler après modification.
- Avec un dos vouté :
Si visuellement le tissu tire au niveau des omoplates, c’est que tu es vouté. Dans ce cas, c’est au niveau des omoplates qu’il faudra donner plus de tissu. Le problème de cette modification c’est qu’elle apportera de l’embu soit à l’encolure soit aux emmanchures. Il faudra donc utiliser les pinces d’omoplates pour résoudre ce « trop plein ».
Le mauvais bien-aller
C’est ce que regardent avant tout les modélistes : le bien-aller. Il s’apprend en exerçant son œil à repérer les plis disgracieux, les endroits qui tirent, les épaules qui ne tombent pas au bon endroit etc…
Comment s’y prendre pour ajuster son patron de couture ?
- La première chose à faire est de prendre une méthode de modélisme. Essaye d’en prendre une assez complète (3 mesures ne suffisent pas pour tracer un buste de base). Fais en sorte d’avoir la même méthode pour tracer les trois éléments (buste, jupe pantalon). Sinon il y a de fort risque que la taille du buste ne s’accorde pas avec celle de la jupe. Ca serait assez embêtant.
- Trace tes bases avec les mensurations que tu as relevé.
- Ajoute des valeurs de couture. Pour les mesures n’hésite pas à mettre 1,5 cm sur les côtés pour te permettre de retoucher ton prototype sans avoir à recouper grâce à aux surplus anticipés.
- Coupe ton tissu.
- Assemble ton prototype.
- Essai le, n’hésite pas à te faire prendre en photo. Garde aussi ton prototype sur toi, et part vaquer à tes occupations pendant une dizaine de minutes. Cela va te permettre de déterminer le confort, mais aussi de voir comment le modèle va se comporter.
Ensuite tu vas pouvoir te poser les bonnes questions : est-ce que tu peux t’asseoir ? T’accroupir ? Ton décolleté est-il trop prononcé ? Il est très difficile de constaer tous ces problèmes avec un simple essai. Regarde les photos et détermine où le tissu tire. Où sont les plis disgracieux, mais aussi où sont les volumes qu’il faut retirer pour que ton proto de base corresponde le plus à ton corps. N’hésite pas à noter toutes les modifications à faire à l’aide d’un crayon à papier, et d’épingle. Il est plus facile d’avoir quelqu’un pour nous aider, car en bougeant, on bouge impérativement le vêtement et cela peut jouer dans la consignation de nos modifications.
Tu peux alors retirer ton prototype, et reporter les modifications sur tes patrons papier de base. Tu seras sûrement obligée de revoir tes pinces, leur profondeur, leur emplacement. Faut-il en retirer, faut-il en rajouter ? La ligne de côté est-elle bien sur le côté ? Ta taille tombe-t-elle bien à la taille ?
N’hésite pas à refaire un prototype à ce moment là. C’est fastidieux mais c’est le meilleur moyen pour obtenir un résultat vraiment concluant.
Besoin d’aide sur les ajustements de patrons de couture ? Je te recommande la formation des Lubies de Louise ! C’est moi qui ai fait les dessins qui sont à l’intérieur et je peux te dire que le contenu et hautement qualitatif.
Pourquoi faut-il faire ce travail avant de réaliser le patron de nos créations ?
Si tu crées des vêtements pour toi, tu dois absolument modifier tes bases avant d’envisager n’importe quelle autre transformation. Tout simplement parce que cela va te permettre d’obtenir tes modèles plus rapidement. C’est faire le travail dans le bon sens. Sinon, à chaque transformation que tu feras, tu seras obligée de commencer par tes ajustements avant même de t’attaquer aux modifications liées au modèle que tu as voulu créer. Tu devras donc faire deux fois le travail.
Alors qu’en ayant modifié tes bases dès le début, tu n’auras plus à faire ce travail et tu iras plus vite dans tes créations.
Cela te permettra aussi de voir et d’identifier quelles sont les modifications spécifiques que ton corps t’oblige à faire sur des patrons “basiques”. Cela pourrait te donner une piste sur les modifications à apporter sur les patrons du commerce. Si je prends mon cas, je suis souvent obligée de raccourcir les épaules, et de rallonger les tops pour ne pas avoir le ventre à l’air à chaque mouvement !
C’est pour cela que je t’encourage vivement a t’attarder sur tes bases, avant de te lancer dans des transformations de modèle. Créer des vêtements c’est bien, créer des vêtements qui nous vont, c’est encore mieux !
L’Atelier du PatronageMon Classeur de ModélismeLa méthode pour apprendre à transformer tes patrons de couture de manière ludique. Un produit Indé’Sew.
❓FAQ
Un patron de base est une matrice neutre (sans style, sans découpe). L’ajuster à tes formes te donne une fondation sur-mesure pour créer n’importe quel vêtement. Un patron du commerce intègre déjà du style (fronces, aisance, détails) : l’ajuster est souvent plus complexe car tu dois démêler le style voulu par la marque de tes besoins morphologiques.
Privilégie une cotonnade brute neutre (type calicot ou toile à patron) bon marché et sans motif pour bien visualiser les plis. Choisis un poids de tissu similaire à celui que tu utiliseras pour ton vêtement final (n’utilise pas une toile très rigide si tu prévois une viscose fluide).
Pour de légères retouches (déplacer une pince de 1 cm, raccourcir le bas), reporter la modification sur le papier suffit. Pour des ajustements de structure plus lourds (ajustement de poitrine FBA/SBA, correction de dos voûté), coudre une seconde toile rapide permet d’éviter les mauvaises surprises sur ton vrai tissu.
Le buste de base reste le meilleur point de départ. C’est la pièce qui accumule le plus de contraintes anatomiques (emmanchures, épaules, poitrine, cambrure du dos). Une fois ton buste ajusté, tu maîtrises la logique des retouches et l’ajustement de la jupe ou du pantalon devient beaucoup plus fluide.
Compte entre 2 et 4 heures pour tracer, assembler et ajuster ta première toile d’essayage. Cet investissement initial te fera gagner des dizaines d’heures sur tes futures créations, car tu n’auras plus à tâtonner à chaque nouveau projet.



